Enfants Battus

            

 

 

 

 

J’ai commencé la thérapie après avoir lu « Le Cri Primal » de Arthur Janov sur les conseils d’une amie. Je m’étais complètement reconnu dans les témoignages. Aujourd’hui après 5 ans de thérapie tout reste vrai. La thérapie primale a changé ma vie mais sûrement pas dans ce que j’avais imaginé. Car jamais je n’aurais pensé aller aussi profondément en moi.

Ma thérapie

Durant ces années de thérapie j’ai ressenti les forceps qui ont failli me tuer, les coups qui m’ont soumis, les insultes qui m’ont humiliées, l’indifférence qui m’a enfermée. Mais qui veut aller ressentir et revivre, ces profondes souffrances qui nous ont construits ? Parfois c’est très dur et j’avoue m’être rendu à reculons au centre Primal car je ne voulais pas affronter ces peurs enfouies et cachées. Je ne voulais pas revivre la peur de la présence de ma mère et de ses coups.

Une séance capitale

Pourtant je me souviens d’une séance où une fois encore je suis entré poussé par une volonté sourde. Je me suis assis dans un coin de la salle et me suis recouvert d’une couverture pour me cacher, et là j’ai attendu dans le noir. J’ai attendu que ma mère arrive.

Je savais qu’elle viendrait pour me taper. Ce sentiment est à cet instant en moi. Je sais déjà ce qu’il va se passer et pourtant je reste ici car c’est le seul moyen de guérir en me défaisant de la souffrance des coups et de la peur immense que j’avais petit enfant de cette grande dame violente qui m’écrasait.

Ma thérapeute s’est approchée, matérialisant ainsi ma peur. Je la voie trop grande et trop forte. Ma peur grandit et enfle, je ne peux pas m’échapper de ce coin que je croyais un refuge. Je suis comme une bête coincée face à son bourreau. Le pire c’est que je n’ai pas la force de fuir ni de combattre, c’est horrible. Et puis soudain elle me touche du bout de ses doigts, la tête, les épaules, le dos, là, là, rapidement elle reproduit les coups que j’ai reçus. C’est ce que je ressens. Je revis les coups qui pleuvent, sur la tête et le dos. Je sens des douleurs dans mon dos, dans ma chair, à l’intérieur, puis une autre et encore une autre, ce sont les coups que mon corps a enregistrés et qui ressortent. La mémoire cellulaire. Je pleure, je suis impuissant, je me protège, je pleure mon impuissance, ma petitesse, ma soumission aux coups. Ca dure encore et encore. Je n’en peux plus, je n’en veux plus, c’est trop. Comment un petit enfant peut-il survivre à cela ?  J’ai mal partout, je vais mourir, c’est trop. Je pleure, encore et encore. Et personne n’est là pour me protéger.  C’était la même qui me battait et qui devait me consoler mais qui ne le faisait pas, c’était ma mère…

Connections et insight

Et puis soudain tout s’arrête car je prends conscience qu’il n’y a jamais eu et qu’il n’y aura jamais personne pour moi dans ces moments, et le plus important,  que c’est du passé, quand j’étais enfant. Alors le présent devient plus clair.

Mes relations avec les femmes deviennent plus claires, toutes ces femmes qui m’ont soumises avec mon consentement, c’est ça le pire ! Je devais me soumettre aux femmes pour « croire » qu’elles m’aimaient et que je les aimais. Quelle erreur !

C’est dur de se rendre compte de ces dégâts, c’est dur de revivre les coups, de se rendre compte que celle qui devait m’aimer, me câliner et me chérir, me battait et ne m’aimait pas. Et que cela a conditionné ma vie affective dans une mauvaise direction.

N.B.

Il est évident que je n’ai pas reçu de « vrais » coups de la part de ma thérapeute « mère virtuelle » lors de cette séance. Je les ai revécus, provoqués par celle qui n’a fait que me toucher, voire, m’effleurer aux bons moments. Si elle a pu agir ainsi c’est grâce à notre travail thérapeutique antérieur qui consiste en un échange basé sur une relation de confiance mutuelle. Mais surtout, j’ajouterais que c’est grâce à ma profonde volonté et à mon engagement dans le processus thérapeutique que j’ai pu commencer à guérir.

Cependant la thérapie n’est pas une méthode miracle et rapide, elle n’est pas le remède à tout, elle demande du travail,  efforts, de la volonté et du courage, elle n’est qu’un outil pour que vous vous retrouviez vous-même. Les solutions c’est vous qui les trouvez, qui les élaborez, et les révélations viennent à vous parfois soudainement et elles éclaircissent tellement la  perception. La thérapie permet de devenir plus simple.

La vie toute entière semble après plus simple et plus légère.

 

 

Suite

 

Retour à thèmes